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Mardi 3 octobre 2006

Une forme d'effet de réel : les éléments parasites

Il s’agit d’un ensemble de détails qui ne tiennent absolument aucun rôle dans la compréhension de l’iconographie, mais qui peuvent avoir une incidence sur l’interprétation que l’on donne de la peinture de Witz. Travailler ces questions d’effets de réel en approchant des détails, nous permettra de construire ou de développer notre réflexion autour de l’humour, de l’ironie, du jeu, dans la peinture witizienne.

 

            Le craquelé, l’effrité, le cassé, l’irrégulier, le déformé, le détruit ou même le sale, nous intéresse dans notre analyse des éléments parasites. Il s’agit d’observer et d’interpréter les effets de réels qui ancrent l’image dans une certaine quotidienneté, mais qui contribuent également à l’aspect théâtral de la peinture.

    

 

Un détail saisissant de l’Adoration des Mages, panneau qui fait partie du retable de Genève : un morceau de mur qui tombe de la fabrique architecturale. L’enduit qui a craquelé semble en partie dans le vide. Pourtant l’ensemble architectural n’est pas dans un état de délabrement général avancé. Seuls des détails très localisés manifestent le passage du temps sur la matière. Ces éléments sont extrêmement révélateur de la manière dont Konrad Witz considère et exploite l’effet de réel. Il parsème sa peinture de quelques détails « parasites », représentatifs d’une éventuelle pratique quotidienne du lieu. Le bâtiment est imaginaire tout comme les craquelures sur le mur sont inventées pour produire un discours sur la peinture. Les artistes du XIVe et du XVe siècle développent des fabriques architecturales qui sont très abîmées dans les Adoration des Mages. Ces bâtiments font allusion en règle générale à l’étiolement de la foi juive face à la nouvelle religion qui est révélée grâce à la naissance du Christ.

 

Mais le détail est une forme rhétorique qui permet d’exprimer une conception de l’art. Le bâtiment n’est ici pas représenté en train de tomber en ruine mais au contraire la fabrique est solidement ancrée dans le sol. Le détail de la craquelure a été peint par Witz comme une sorte de trompe l’œil à l’angle de l’édifice et c’est en fait la peinture elle-même qui s’abîme fictivement. C’est la surface picturale qui est endommagée fictivement par la représentation d’un trompe l’œil plaqué sur le motif iconographique (le bâtiment). Nous pouvons alors avancer que Witz, par l’usage de l’effet de réel, porte un regard « théorique » sur l’art et montre sa peinture en train de disparaître. Du moins il manifeste une certaine conscience de sa pratique d’artiste, plus ancrée dans la modernité que les artisans médiévaux.

   

 

En comparant le panneau de Genève avec la Naissance du Christ attribuée à un peintre de l’entourage de Witz[1], nous pouvons constater que l’élément architectural est dans ce cas en très mauvais état et tombe en ruine dans sa globalité. La volonté de produire de l’effet de réel est dans ce cas du premier degré. Witz prend en compte la question de manière plus fine en introduisant les éléments cassés ou craquelés avec précision. Des ensembles architecturaux sont parfois traités dans leur ensemble avec des salissures ou des trous, mais les détails les plus signifiants et originaux sont ceux qui sont isolés dans un cadre solide, comme des parasites venus se greffer sur la représentation.



[1] Entourage de Konrad Witz, Naissance du Christ, 1450, Kunstmuseum, Bâle

 

Par Gwilherm Perthuis - Publié dans : konradwitz
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